12 juil. 2008

Alors tout d'abord Déborah, qui es-tu?

Hé bien Déborah c'est moi: je suis comédienne j'ai fait le conservatoire royal de Mons, en même temps qu'une certaine Valérie Bernard (rire)

Ici présente...

Voilà...

Depuis quand fais-tu du théâtre?

Ca a commencé quand j'ai rencontré un garçon qui se prenait pour un comédien et qui n'arrêtait pas de jouer la comédie avec moi. En fait il m'a donné envie de faire du théâtre. Pas pour "jouer de la comédie" mais pour trouver une accessibilité: je me suis dit "Tiens ce ne sont pas des personnes qui sont nées comédiennes; il est possible de le devenir!

Et ce garçon, serait-ce Bruno?

Oui c'est Bruno, donc voilà. Après j'ai démarré des humanités théâtrales à l'académie d'Ixelles (centre scolaire Ma Campagne); ça a duré sept ans. Puis j'ai fait un an à l'IAD; quatre ans au conservatoire de Mons et un an d'agrégation qui s'est très vite arrêtée.

Et pendant tout ce temps, tu pensais à Bruno?

Quand je suis entrée à l'IAD, j'ai appris qu'il fallait faire un mémoire et je me suis penchée dessus (sur le sujet du spectacle équestre...). En me disant que cet ouvrage serait quelque chose d'assez fort, intéressant et personnel, une véritable recherche personnelle. Puis j'ai démarré la recherche du cheval comédien. Puis en entrant au conservatoire, je me suis remise avec Bruno, "la grande période magique". J'ai eu l'idée du spectacle qui m'est venue en tête: le mariage forcé par le parcours d'une petite femme. ET puis c'est devenu cette histoire vécue refaite de façon fantastique et imaginaire.

Par qui fut vécue cette histoire?

La grande bas provient de ma vie, avec tout un passé inconnu du public, même de certains amis. Il y a eu beaucoup de recherches qui ont fondé des convictions. j'essaie donc de défendre certains points de vue qui étaient moins proches de moi mais que j'ai vus autour de moi pendant pas mal d'années. Par exemple, j'ai vu des femmes voilées se faire assassiner publiquement une belle dans la tête devant tout le village parce qu'elle avait couché avec quelqu'un d'autre...Donc à chaque fois que je retrouve des situations comme ça dans des pays d'origine au-delà (qui dépasse...) le respect de la femme, je suis fort liée à ça. Par rapport à mon investissement au travail de maman, dès que je vois un truc comme ça, je me dis "C'est pas possible, la femme est vraiment considérée comme une chose, le cheval est considéré comme une chose, les deux ensemble peuvent se libérer. Donc il y a ce lien qui revient assez intensément.

Pourquoi ce titre, "La légende d'Isadora"?

Isadora c'est un prénom que j'aime beaucoup. Quand j'étais très petite, à Mons, il y avait un magasin qui s'appelait "Isadora". Ma mère m'en parlait souvent car elle adorait ce prénom. Elle avait même pensé me le donner. Moi-même j'ai commencé à apprécier ce prénom mais je sais que je ne pourrai pas appeler ma fille comme ça car mon compagnon ne veut pas. Mais j'ai baptisé un des chatons de mon chat décédé (Souris ndr): Isadora. Et cette petite chatte était assez particulière. Donc ce prénom me plaît beaucoup, m'attire, revient souvent dans ma tête ... mais qui ne peut pas être destiné à un enfant, quie st destiné à quelque chose de plus artistique.
Alors il y a la légende parce que je voulais marquer quelque chose qui peut se tracer dans l'histoire comme si on racontait cette histoire comme celle du Petit Poucet ou quelque chose de pareil...Vraiment reprendre "Il était une fois...Il y a très longtemps..."
, donc reprendre ce contexte-ci et en même temps marquer au niveau humain, comme si on voulait marquer quelque chose qui a vécu dans l'histoire; sauf que c'est fantastique, ce n'est pas tout à fait vrai.

Quel a été le déclic pour démarrer cette aventure?

Je tournais toujours autour d'un rapport avec un nom particulier. J'avais à peu près mon début et ma fin. Au départ, l'histoire, c'est une fille qui est dans un château (...) elle fuit et elle vit plein de choses par rapport à un monde particulier (...) Mais il manquait une élément super important qui était le personnage clé, celui qui fait le fil conducteur, celui qui raconte l'histoire (Zéphyr ndr) (...) Il y avait le fait que la ligne c'est comme ça (mime de la ligne), les choses sont faîtes ainsi, qu'on ne peut pas détourner le chemin, qu'on doit le suivre, au lieu de laisser le libre arbitre. C'est une fille qui part dans un monde fantastique (...) Il y avait un roi des chevaux: à l'époque je travaillais avec un hongre (Roméo ndr) (...)

Quelles sont tes inspirations littéraires?

- En premier et avant tout, c'est Shakespeare: il m'a marqué assez fort pendant tout mon parcours. Il y a tout son univers "dingue", pas l'univers classique, mais l'autre regard que l'on peut porter sur ses oeuvres (...) Pas le "beau" Shalespeare, il y a quelque chose de très "bédéesque" dans ses écrits.
- Puis aussi Maeterlinck: il y a le spectacle "La princesse Malène" qui avait été joué au Zut! avec Itzik Elbaz et quand j'ai vu ça, j'ai retrouvé une grande partie ####### . Mais c'était une autre écriture et j'avais envie de remettre quelque chose de beaucoup plus contemporain, en gardant des mots assez vagues, (reliés à aucune) époque, des mots "entre les deux": assez belges, (proches) de soi, féminins et magiques, shakespeariens. Mais de là à atteindre (cette écriture), c'est autre chose...

Avec tous les moyens possibles, que serait le spectacle?

Je coris que ce serait un spectacle plus gros que tout ce que Franco Dragone peut faire! C'est-à-dire?...
Je voudrais
une salle énorme, gigantesque (minimum des salles utilisées par Bartabas) avec un public qui peut être encerclé des centaines de chevaux...(...)
plein de villageois qui circulent (une troupe de centaine... disons cinquantaine de comédiens), qui tournent dans tous les sens
des éléments (de décor): une tour pour le château, différents jeux de plateaux dans le public pour les spectateurs soient vraiment pris et interpellés par les actions jouées un peu partout mais qui sont la continuité du spectacle (des petites scènes à des lieux précis accessibles)
jouer le spectacle en plein air
faire entrer les chevaux comme si le public se trouvait au milieu d'un marché
permettre de voir des cavaliers déchaînés en armure qui ressemblent à des monstres
(évoquer) la mer
En fait ce ne sont pas éléments de décor, ce sont plutôt des structures très fortes pour les jeux de lumières par exemple.

Quelles sont les difficultés pour monter ce spectacle?

- Je suis toute seule à tout faire: l'écrit, le dossier, la mise en scène, la gestion des répétitions (je suis ma propre assistante), les costumes, l'organisation technique, le travail avec les chevaux...
Dans les théâtre importants, il y a une personne pour gérer chaque chose, c'est donc beaucoup plus serein et plus reposant.
- J'aimerais avoir un lieu fixe et accessible où l'on puisse répéter beaucoup plus souvent avec les comédiens
- Les comédiens doivent garder leur "statut" de comédien, c'est-à-dire en leur permettant d'avoir leur cachet (...) (se détacher) d'un contexte "moins à la rue", "on fait avec les moyens du bord" mais plutôt "ok ça démarre", "on est encadré"

Comment gères-tu le stress?

Nous sommes à temps pour certaines choses, en retard pour d'autres: je dors...euh...pas beaucoup mais je dors...d'épuisement (...) C'est plus les costumes qui m'inquiètent car je n'obtiendrai pas ceux que je souhaite (...) J'ai pas l'aide suffisante, donc le stress est plus fixé là-dessus car c'est lié à ma robe (de mariée). Mais je reste persuadée malgré tout ce qui se passe jour après jour que le spectacle ira super bien. Donc à ce point de vue là, il n'y a pas du tout de stress, je sais que ça va marcher.

Peux-tu expliquer le travail que tu effectues avec les chevaux et les comédiens?

Le comédien est amené à vivre le fait d'être authentique, vrai et entier quand il joue. C'est-à-dire d'être complètement là. S'il n'a pas les intentions à fond, le cheval le sentira et réagira en fonction. Donc, pour garder le cheval attentif, il faut que le comédien ne peut pas se permettre la moindre hésitation, le moindre détachement, il doit être "à fond dedans". C'est très différent d'une autre scène où on peut dire: "Je la répète techniquement." Ici, ça doit être complètement dans l'être.

Comment se fait-il que ce soit une majorité de comédiennes dans la distribution (un seul comédien masculin)?

Dans le même élan que Shakespeare, mais pas comme lui en fait, à l'inverse, je voulais qu'il n'y ait que des femmes et qu'elles jouent tous les rôles. C'est aussi un aspect opposé à la société. Donc ça c'était mon investissement premier.
Et puis, au fur et à mesure, il était nécessaire de donner à la dernière scène et à ses personnages, une envergure plus forte pour monter la fin du spectacle sur un regard qui peut interpeller plus intensément la sensibilité du public. J'ai fait appel à Martin (Van Cauwenberg). Jouée par un homme, la scène possède une autre dimension. J'avais pensé à une voix-off mais de toute façon, il fallait une présence masculine.

Comment définirais-tu la liberté que tu laisses aux comédiens?

Vu le peu de temps imparti, je ne peux pas leur donner beaucoup de liberté: on a démarré certaines improvisations puis on a décidé de passer à autre chose. la liberté que je leur laisse se trouve dans leur travail personnel (apprentissage du texte, interprétation du personnage...): dans la façon dont ils vont faire vibrer leur personnage.
Donc je donne le plus de consignes possibles pour aller très vite à l'immédiat, et comme j'ai déjà le spectacle en tête, je vois où on va. Mais la transformation en personnage appartient au comédien.

Quelles initiatives attends-tu des comédiens, sachant que la majorité d'entre eux travaille la journée?

Ce la dépend de la façon dont ils vont dégager le texte: ils ont les rails pour rentrer dans la peau du personnage et moi, j'attends dans leurs initiatives personnelles de voir comment ils sortent du texte, comment ils interprètent à leur manière (modifier des mots, des axes, des données, etc.). le but étant qu'ils soient dans l'intention complète...et peu importe si ça tranche dans la langage tant que c'est entier.

As-tu rêvé du spectacle?

Oui, je l'ai vu plusieurs fois complètement, du début à la fin. Donc je l'ai analysé, c'était comme si je l'avais fabriqué: d'abord j'ai vu des peintures, des images, des couleurs, etc. Et maintenant, j'ai tout dans la tête. (Déborah peint ndr)

Décris-nous chaque personnage en trois mots maximum.

Zéphyr: chaleur, câlin, tristesse
Isadora: douleur, feu, amour
Le seigneur et la femme: dualité, tyrannie, exécution
Les fées: fantastique, féminin, complètement déjanté
Le prince: débile, "sixties" et égoïste
La vieille dame: froide, effacée, grise
Le boulanger: sourd, aveugle et un gros coeur
Cyrien: magie, enfance, futur

Pourquoi vouloir créer ce spectacle pour ton mariage?

En discutant des préparatifs, je me suis dit que cela devait être magique. Je voulais offrir quelque chose de particulier à Bruno: on fait toujours des cadeaux aux mariés mais moi je voulais lui faire un cadeau personnellement, pour tout ce que j'ai vécu par rapport à lui...pour rendre quelque chose qui a existé, comme un hommage à notre histoire d'enfance, au chat qui a vécu avec nous, à cette partie de nous-même...Nous aussi, on peut se marier à travers une légende.
Et puis c'est aussi un challenge: réussir à réaliser mon premier spectacle, chose que je n'ai pas pu faire pour mon mémoire.

Comment cela se passe par rapport à Bruno (qui ne connaît rien du spectacle) et à ta famille (qui suit de loin l'évolution)?

C'est surtout Bruno qui m'ennuie avec ça! Il sait ce que ça se passe, il sait le titre (puisque c'est l'adresse internet de notre mariage, http://www.legende-isadora.be/). Il le prend bien et mal: il trouve que c'est un cadeau génial mais il ne peut pas le voir grandir, il est obligé d'attendre. Et il ne sait pas me rendre la pareille, il est vraiment frustré de ne pas pouvoir me donner un cadeau similaire.
En même temps il dit que c'est son cadeau à lui et qu'il ne comprend pas pourquoi cela doit être joué ailleurs! C'est très égoïste, c'est typiquement masculin!
La famille me soutient, ils sont tous venus voir la lecture du 22 mars à Bruxelles. Ma mère participe à la confection des costumes, mon frère m'aide pour le site internet...
Sinon, à part la maman de Bruno qui parle de la lecture devant lui et que tout le monde lui dit de se taire, le plus difficile est de discuter avec les comédiens sans que Bruno ne soit là. Pour le reste il n'y prête pas trop attention, car il a beaucoup de choses à faire!

Quels étaient les retours sur la lecture du 22 mars?

Il y a eu des remarques très constructives (de la part de maman Colette par exemple)...Car en étant tout le temps dans le travail, il y a des choses que l'on ne voit plus (la révélation catastrophique, les deux fins, etc.) Entre la lecture vivante et le spectacle, c'est complètement différent.
La réaction du public dans son entièreté fut très encourageante: il n'y a pas une personne qui ne soit pas tombée dans l'univers imaginaire. Tout le monde a été charmé. Je n'ai eu que des échos positifs, sinon constructifs. Ca fait peur parce que ce n'est pas normal. C'est un spectacle tout public mas on se dit c'est peut-être "une balle du tonnerre". Reste à trouver les acheteurs.
Lorsque j'ai appris que le public restait muet..., c'était un cadeau. J'attends avec impatience la première publique (7.08.08) pour voir ce qui sort de ce spectacle.

Depuis combien d'années penses-tu à ce spectacle?

En 2001, je songeais au travail du cheval sur scène.
En 2002, je faisais des recherches pour mon mémoire.
L'histoire a émergé en 2003. "La légende d'Isadora" existe depuis un an et demi.
(7 années au total ndr)

Pourquoi avoir choisi la forme littéraire du conte?

"Il était une fois..", ça plaît à tout le monde, ça marque au niveau émotionnel.
L'aspect "conte" a une valeur importante pour moi pour pouvoir prendre le public par la main et qu'on les emmène dans le spectacle.

Quel est le pire événement qui puisse arriver le 9.08 (date du mariage)?

Qu'il pleuve à "grandes draches"

Et le meilleur événement?

Que Bruno pleure à la fin.

Un dernier commentaire?

Je suis persuadée que ce spectacle n'existerait si les comédiens n'étaient pas celles qu'elles sont.

22 févr. 2008

Interview de Brigitte Baillieux

Dans le cadre des scènes participatives du manège.mons/Maison folie, Anne André a proposé à Brigitte Baillieux - metteuse en scène de « Soie » de Alessandro Baricco et de « Le Carré des cosaques » - d’imaginer une création réunissant la Maison Folie et les habitants de Mons et environs.

Ainsi est né le projet « C’est gentil. Il ne fallait pas ! » un autoportrait de famille, pluridisciplinaire – musique, vidéo, théâtre…mêlant témoignages et écriture, artistes amateurs et professionnels.-

Brigitte Baillieux travaille aujourd’hui sur la création DES spectacles puisque le projet a pris une dimension transfrontalière avec les Maisons Folie de Lille, Maubeuge et Mons.

Penchons-nous sur le comment et le pourquoi de cette création :
La famille ? dit Brigitte Baillieux, c’est mon mari et mon fils ? Ou bien c’est mon père, ma mère, mon frère ? Ou encore, ce sont les cousines de ma mère ? Je suis plus : une fille ? Une mère ? Une nièce ? Une belle-sœur ? La famille, pour moi, ce sont des maisons imaginaires. Des maisons de taille, de couleur, de vétusté, de lumière, de transparence, de styles différents. Elles se superposent, s’interpénètrent, se croisent, rivalisent à l’intérieur de nous »

Famille, maison : le thème touche même le nom de la compagnie théâtrale de Brigitte Baillieux : La Maison éphémère
« A chaque spectacle, une famille se crée avec l’équipe du spectacle, une maison dans laquelle recevoir les spectateurs, le temps d’une représentation »

En approfondissant cette image, Brigitte Baillieux nous apprend sa vision du théâtre : « Ce qui m’intéresse c’est de travailler sur un lien d’intimité avec le spectateur. J’aime traverser le 4ème mur du théâtre pour m’adresser directement à lui, lui confier un rôle. Dans « C’est gentil, il ne fallait pas ! », il aura le rôle d’un convive d’une réunion de famille, un rôle de figurant »
Ainsi, dans son travail avec les comédiens, Brigitte place tout de suite l’intimité comme un enjeu principal : « Quand je dirige les acteurs, je leur demande de me regarder, moi, leur premier spectateur et non un public fictif, pour créer directement un rapport de réalité entre celui qui regarde et celui qui parle, même et justement si l’univers qui se transmet est imaginaire. ».»

Le lien de familiarité, d’intimité se retrouve aussi dans la préparation du projet : pour cette création, Brigitte s’est entourée de nombreux collaborateurs. Parmi eux, Virginie Thirion, auteure de théâtre, - prix du théâtre pour le meilleur auteur en 2007- va écrire la partie théâtrale du projet. : « Virginie connaît le principe de départ : imaginer un repas de famille où spectateurs et comédiens sont assis autour des mêmes tables.» Elle recueille aussi des témoignages d’habitants sur la famille qui vont inspirer et nourrir l’écriture de sa pièce. Elle a choisi de rencontrer elle-m^me les témoins pour pouvoir capter au-delà des mots, les petites choses qui font partie de la relation intime de 2 personnes qui se parlent.
D’autres témoignages seront recueillis à Maubeuge et à Lille grâce à la « cabine maton » imaginée par Brigitte Baillieux et André Meurice. (voir ci-après). Cette cabine ne pourra accueillir qu’une personne à la fois pour préserver l’intimité du témoignage.

Les premières rencontres avec les acteurs amateurs ont eu lieu : « Ce sont des gens qui ont envie de participer à un spectacle, de parler de la famille, de vies de famille très différentes (nombreuses, enfant unique, recomposée.) A la première séance, j’ai demandé aux participants d’apporter un objet qui symbolise la famille, j’ai entendu des choses magnifiques (cf brosse à dents). Je vais forcément en parler à Virginie…. pour qu’éventuellement elle puisse s’en inspirer. La première rencontre était magique : il était étonnant de voir comment des gens qui venaient d’horizons différents formaient un groupe après trois heures de temps. »

La matière du spectacle s’avère donc tout à fait unique : « On va aller chercher sur le terrain. Je ne veux pas démontrer quelque chose de particulier sur la famille, je veux plutôt être à l’écoute de ce que les habitants disent de leur propre famille : c’est l’explication du sous-titre du projet « Autoportrait de famille » Je préfère poser des questions que donner des réponses »

Quant au titre du spectacle, le lien avec la maison est tout trouvé : « Quand tu reçois des invités et qu’ils apportent une fleur ou une bouteille de vin, il est souvent convenu de les remercier avec un « C’est gentil. Il ne fallait ! »
Interview réalisée pour la Maison Folie (Mons-Belgique), dans le cadre du journal de la Maison Folie (numéro 0)

Interview d'Alessia Contu

Alessia Contu est photographe d’art (école Saint-Luc-Liège, plateaux de théâtre et collectif Métamorphoz) et étudie les sciences politiques à la FUCAM, matière qui résonne dans le travail de l’artiste. Aujourd’hui, elle se lance dans l’aventure « D/Connections ».
Que peut bien cacher ce terme ? C’est un travail sur le jeu vidéo « Sims » : logiciel qui permet de construire la vie de personnages. Très vite, Alessia se rend compte que les choix sont basés sur un certain consumérisme américain : « Par exemple, plus tu as des amis, plus ta carrière augmente. Tout se calcule par des jauges…Mais tu as deux choix : soit le jeu vidéo, c’est un repli sur soi, une intimité intérieure ou alors c’est un isolement total…Se pose alors la question de la réalité, tout ce que je mets dans le jeu vidéo, c’est la réalité ? Le quotidien ? » En parallèle, les mass médias trouvent leur place dans la réflexion : « Est-ce qu’on est connecté avec la réalité du monde ou pas ?...Et même si nous sommes ouverts aux informations (lire le journal, regarder la télévision…), ne sommes-nous pas submergés par tout ça ? » D’où le titre « D/Connections », être ou pas en connexion avec ce qui nous entoure.
Enfin le 11 septembre, « C’est un événement qui est entré dans le vécu de chacun…Si tu demandes à quelqu’un de parler du onze septembre, il a toujours quelque chose à raconter… »
Ce genre de catastrophe a des répercussions dans le quotidien de chacun : « Ne serait-ce que dans la manière de voyager, il y a beaucoup plus de contrôles ! »
L’installation « D/Connections » reprendra donc ces trois aspects, Sims, mass média et 11 septembre, sous forme de six télévisions qui diffuseront des captures du jeu vidéo et un montage de JT. Pourquoi la télévision ? « Car c’est l’objet le plus familier pour l’information te bombarde. » Rien ne sera laissé au hasard : travail sonore, interaction entre les télévisions, déplacements du visiteur parmi ces écrans, cri, sifflement, …Le questionnement relève d’un paradoxe assez fou : « Il y a toujours un enjeu qui détermine notre quotidien …et tu peux faire de beaux discours mais ce qui compte c’est le quotidien. Par exemple, en écologie, les gens vont dire « Il fait mauvais ! » et puis c’est tout. Peut-on culpabiliser les gens de réagir comme ça, et de ne pas œuvrer pour une plus belle planète ? Moi, je ne choisis pas, je ne prends pas parti, je ne sais pas…Dans mon installation, une certain moment on arrive à un chaos et un sims pousse un cri, comme celui de Munch…»
La solution d’Alessia Contu vous sera également présentée : « Intégrer le tout selon ses propres capacités…dans un univers artistique. » La Maison Folie sera l’endroit de ce questionnement : « La Maison Folie est le lieu où le projet est né. C’est un lieu que tu peux moduler comme tu veux, un lieu où tu peux réfléchir. »
Interview réalisée pour la Maison Folie (Mons-Belgique), dans le cadre du journal de la Maison Folie (numéro 0)